Mon premier séjour en Hôpital Psychiatrique
Après tous ces mois de silence
De vie dans l’absence
Ces mois de déni
Pour s’assurer l’oubli
Le téléphone qui sonne
Sa voix qui résonne
La nouvelle est tombée
L’effet d’un couperet
C’est simplement impensable
Je pensais pouvoir oublier
Mais la paix est introuvable
Et lui m’a retrouvée
J’ai dû mal comprendre
Je suis perturbée à me méprendre
J’ai forcément mal entendu
Je n’en peux déjà plus
Mais c’est trop tard
Plus profond encore le cauchemar
Tout tourbillonne déjà
Tout s’effondre autour de moi
Je ne sens plus mon corps
Je me traîne avec effort
Je m’enferme à double tour
Ce sera sans retour
Je ne sens plus rien
Juste la douleur dans mes mains
Je ne vois plus
Je suis perdue
Une sirène qui retentit
Dans ce monde maintenant sans bruit
Plus de lumière
Le regard vide sous les paupières
Un voyage qui commence
La suite de mes souffrances
Dans ce camion qui me conduit
Là où il n’y a ni jour ni nuit
J’ai dû manquer un épisode
Des étapes dans mon exode
Comment suis-je arrivée là
Et qui c’est celui-là
Que me veut-il
Je ne comprends pas ce qu’il dit
Je me sens fébrile
Qui m’a amenée ici
Pourquoi est-ce qu’on me dépouille
Où est-ce qu’on me conduit
Il va falloir que je me débrouille
Mais je ne vais pas y passer la nuit
Il me parle d’appel au secours
Mais je n’ai rien demandé
Il paraît que c’est mon tour
Mais je n’ai rien à déclarer
Assise en face de lui
Il faut lui expliquer
Mais je suis où ici
Est-ce qu’on va enfin me libérer
Cette fois c’est bon
Je n’en peux plus de ses questions
Il veut savoir je vais lui dire
Ok, je voulais mourir
Je me suis loupée
Ouais, ça je le sais
Il me dit que j’aurais dû penser à passer sous un train
Ok, ça je retiens
Démunie
Affaiblie
Dans ces vieux vêtements
Mais qu’est-ce qu’on me veut finalement
Ces grosses fleurs
Rien qu’elles elles me font peur
Des vêtements encore souillés
La mort y est imprégnée
Pourquoi dois-je les porter
Ici pas le droit d’en changer
On me conduit dans ce long couloir
Il y fait déjà trop noir
La clé tourne dans la serrure
Je dois rentrer dans ma cellule
On me fait une piqûre
On me donne mes premières gélules
Je m’agite avant d’être assommée
C’est sur le lit qu’on m’a attachée
Je vois à peine ce qui m’entoure
De toute façon y a rien autour
Des barreaux à la fenêtre
Pour seul mobilier un lit
Je m’enfuirai peut-être
Mais pas cette nuit
Je finis par m’endormir
J’entends la porte s’ouvrir
Deuxième tournée de médicaments
Je n’ai déjà pas digéré ceux d’avant
Il fait noir
Des hurlements dans le couloir
Je ne le connaissais pas encore
Mais il hurlait à la mort
Je ne sais plus comment il s’appelait
Les médicaments me faisaient trop d’effet
Mais je me souviens de lui
Comme de tous ceux qui sont devenus ensuite mes amis
Je me souviens de leurs visages
J’ai fait avec eux un étrange voyage
Nous étions tous bien différents
Et complètement absents
Nous errions dans les mêmes vêtements
Arpentions les mêmes couloirs
On ne se parlait pas vraiment
Mais je les ai compris plus tard
Certains prénoms reviennent à ma mémoire
Je les ai laborieusement appris au fil des soirs
Passés à attendre pour rien
Que ça s’arrête enfin
Des flashs qui me surprennent
Les boules coco et la réglisse
Le thé à la verveine
Des pas qui crissent
Tout est trop confus
Des cris trop entendus
Déjà je ne mange plus
C’est plus qu’un refus
La salle à manger
L’horreur des petits déjeuners
Tous ces regards effarés
Tous là à s’épier
Le rituel des médicaments
Un grand moment
On en venait à les réclamer
On devenait vraiment cinglés
Mais c’était juste pour ne pas penser
Pour essayer d’oublier
J’ai tenté de résister
Mais ils ont fini par gagner
J’ai dû les avaler
Et quand j’ai essayé de tricher
Je me suis fait attraper
J’aurais dû m’en douter
Ils sont redoutables
D’une froideur effroyable
Ce que je vois est à peine croyable
Et on continue à me traîner à table
Je fais semblant
Je trouve des complices
Mon corps sort en tremblant
C’est un vrai supplice
Je ne cèderai pas
Je ne vais pas accepter ça
La vaisselle par terre s’est brisée
Ça ils n’ont pas toléré
C’est toute la salle qui d’un coup se révolte
Mais ils gardent leur air désinvolte
Nous perdons la tête
Plus rien ne nous arrête
Mais encore une fois ils ont gagné
Piqûres et médicaments en renfort sont arrivés
Ce soir je suis encore forte
A double tour ils fermeront ma porte
Encore une nuit agitée
Avec son lot de nouvelles arrivées
Ils savent pas encore où ils mettent les pieds
Ils ne tarderont pas à le regretter
Je suis terrorisée sur mon lit
Une entrée en salle d’isolement
Il a frappé et crié toute la nuit
Je ne dors déjà plus depuis longtemps
Mon corps commence à se manifester
Mes membres continuent de trembler
C’est tout entier qu’il s’est dérobé
Et au milieu du couloir que je suis tombée
Personne pour me ramasser
C’est tout seul qu’il faut se relever
On peut aussi rester par terre
Franchement ils en ont rien à faire
Et puis au sol il y a ceux qui y passent la journée
Sur le dos ils n’arrêtent pas de se tortiller
Un chausson serré entre les dents
Ça les calmait apparemment
Les harcèlements permanents pour des cigarettes
C’est tout le monde qui s’entête
Un chantage écoeurant
Toujours eux les gagnants
Je me suis assagie
C’est le grand jour aujourd’hui
Je vais intégrer un dortoir
Je ne serai pas seule ce soir
Presque pire qu’avant
C’est l’angoisse qui reprend
Mais personne ne voit ça
Je ne peux pas croire qu’ils ne le sachent pas
Ces filles qui se prostituent impunément
Pour des cigarettes, de l’argent
Mais où est-ce que j’ai atterri franchement
Je passe de sales moments
Une tranche d’ananas j’ai avalée
Une sortie à cheval j’ai réussi à décrocher
Ils ont cru pouvoir me motiver
Ils n’y sont pas arrivés
Ça aura été mon seul loisir
Mon seul et unique bon souvenir
Un petit moment d’évasion
En dehors de cette prison
Pour quelques heures enfin ces vêtements abandonnés
Contre une tenue de cavalier je les ai échangés
Nous avons quitté les barbelés
Dans le manège je n’ai cessé de tourner
Mais nous sommes rentrés
Tout ce que nous avions laissé nous l’avons retrouvé
Ça y est à nouveau nous étions enfermés
Je croyais que je n’en sortirais jamais
Hospitalisation libre devenue sur demande de tiers
Pour moi c’était tout simplement l’enfer
Aucune négociation possible
Ils devenaient irascibles
C’est là-bas que ça a commencé
La jouissance de se laisser sombrer
L’envie de tout abandonner
Ma vie à jamais gâchée
Je ne sais combien de temps je suis restée
Dans cet hospice tout délabré
Ils étaient censés nous soigner
J’en suis sortie traumatisée